Papa-razzi, Maman-razzi ... les nazis de la photo de famille ?

Compte tenu de la férocité des débats et des commentaires qui ont suivi chacun des événements mentionnés ci-dessous, j'ai choisi de percer le point Godwin dés le titre, ... comme ça c'est fait.

Lors de la fête des enfants à l'école, une dispute a éclaté entre une partie du public et une Maman plantée debout au milieu du parterre, caméra vidéo au poing, escortée de sa fille, appareil photo en main. L'argument de la défense "Mais ce sont mes enfants !" fut balayé d'un "Ce sont aussi NOS enfants !" venu du premier rang. L'intervention de la directrice fut nécessaire pour évacuer l'encombrante Mamy-razzi.

Lors d'un concert, l'organisateur a du rappeler les photographes à un peu de retenue. Au premier rang, une forêt de zooms gachaît la vue du public, et un déluge de flash finissait par gêner le musicien. Il ne s'agit plus de protéger le droit à l'image ou la protection de l'oeuvre, mais de garantir un spectacle agréable pour tous.

A la communion de ce dimanche, le prêtre a du pousser une gueulante pour envoyer se rasseoir des parents photographes. Il avait été convenu (et annoncé) que chacun prendrait des photos depuis sa place, à l'exception de moments convenus et adéquats, et malgré un premier rappel poli, la moitié des participants était ammassé autour de l'autel comme autour du tapis rouge de Cannes. Les enfants étaient distraits, la fête perdait de sa solennité et ceux qui avaient pris le parti du bien commun en restant à leur place ne voyaient rien.

Comment en est on arrivé là ? La "faute" à une série de facteurs:

  • tous photographes/vidéastes: la démocratisation des appareils photos, des smart-phones fait que si avant, dans une assemblée, on trouvait 1 appareil photo pour 30 personnes, actuellement, on a 25/30 au minimum
  • un ratio de réussite de photo de 1/150: grâce au numérique, on mitraille, sans scrupules, en automatique, tout flash dehors sans chercher à peaufiner ses règlages, sans penser sensiblité, vitesse, en restant aussi longtemps qu'il faut, et si possible tout le temps
  • l'individu prime sur tout: un manque de savoir-vivre élémentaire et de respect des autres
  • nous vivons les évenement par le partage, par écran interposé, parfois au détriment du moment présent en oubliant parfois que nos yeux et notre mémoire sont des merveilleux outils car ils embellissent des instants uniques en les rendant préciéux car volatils
  • le "quidam mitrailleur" ignore la gestuelle du photographe qui se faufile, plie le genoux, rase une colonne, et change de position, ce qui rend sa présence gênante, mais de manière très passagère

Tout ça pour des photos floues, bruitées, sous-exposées, du jetable qui ne sortira bien souvent pas des cartes mémoires, ou pour des vidéos tremblotantes, au son médiocre qu'on ne regardera pas, faute de montage ?

Bien sur, il n'est pas question d'interdire les photos à tous, ou de faire le tri entre plouc à smartphone (pas taper), amateur fortuné, bon photographe ou mauvais photographe, et pros, mais il faudrait revenir à plus de mesure et de respect, compte tenu du nombre.

Par un peu de maîtrise et de préparation, et la réflexion sur l'acte photographique, on peut choisir de privilégier la qualité à la quantité et échanger Une bonne photo contre des centaines de mauvaises. Échanger l'encombrement du premier rang pour l'encombrement d'un bon zoom. Prendre une photo discrètement et s'éclipser. Privilégier la prise de vue en lumière directe (available light), sans flash, qui est certes plus difficile, mais restitue plus fidèlement le vécu d'un événement.

Certains font le choix de faire appel de manière collective à un professionnel, ce qui diminue la nuisance, avec garantie d'un résultat. J'ai déjà constaté que même le professionnel mandaté était parfois géné dans son travail par la foule de photographes du dimanche.

Si on ne souhaite pas payer un pro, on peut choisir de privilégier l'instant présent sans le regarder à travers un écran, en se contentant d'une photo prise à un moment plus propice (à la sortie, lors d'une interruption, avant le spectacle). Ce sont nos souvenirs liés à l'instant qui sont le vrai trésor.

Faire la part des choses sur la nécessité absolue de faire une photo pourrie avec son smartphone.

De toute manière, le minimum est de prendre conscience - et d'agir en conséquence ! - de la gêne occasionnée par les flash, la forêt d'écrans tenus à bout de bras, et les attroupements de Papa-razzis et de Maman-razzis et de leur va-et-vient.

Commentaires

  • Voilà qui me paraît un excellent instantané de la situation :-)
    Nan, j'ironise mais j'acquiesce complétement.

    b.

  • Merci pour cet article !
    Marie

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