Avec l'age, la corde du puits s'allonge

puirs.jpgUn proverbe africain dit qu'avec l'âge la corde du puits s'allonge. Toute notre vie, la distance entre nos espérances et notre plaisir grandit.

Dans les premiers balbutiements de la vie, nous sommes nourris et transportés, nous n'avons pas à prendre la peine de respirer. Nous sommes le centre d'un monde qui nous contient. Un peu plus tard, il nous faut respirer, téter pour manger et nos déjections deviennent problématiques. Nous devons pleurer ou hurler pour nous faire aider.

Notre espace grandit, tout s'éloigne, le bord de la table est loin, la chaise est haute, la nourriture tombe de notre cuillère qui est si malaisée à manier. Il nous faut communiquer de plus en plus précisément, la vie devient plus complexe.

Ensuite, l'insouciance de l'enfance cède le pas à la vie d'adolescent, l'affection et l'amour physique nous nourrissent et nous font souffrir. L'age adulte enfin, peu de plaisirs sont encore immédiats. Il faut s'organiser, acheter, prendre le temps au risque de ne plus ressentir ni joie, ni peine, sourdement endolori.

La vieillesse enfin, où tout est plus difficile, plus loin, le monde s'accélère autour de nous et nous abandonne.

Toute notre vie, nous devons ainsi apprendre la patience, apprivoiser la lenteur. Nous devons appréhender le délai et l'effort qui existent entre notre désir d'une chose et sa réalisation. Et ce n'est pas le plaisir de l'aboutissement qui diminue, mais cette distance qui augmente, au point que parfois nous perdons de vue le moment où nous touchons au but. Si nous oublions de regarder en arrière, nous dirons "tout ça pour ça" avant de reprendre notre chemin. Nous mettons la barre plus haut, parce que c'est ce que notre monde attend de nous, et nous sommes éternellement frustrés et déçus.

Il faut continuer à s'émerveiller de chaque petite réussite, de notre premier pas à une bonne journée au boulot. De notre première dent à un nœud de cravate bien tourné. Du premier baiser au premier baiser de chaque nouveau matin.

Parce que ce sont ces moments pour lesquels la distance est la plus courte, et le plaisir le plus à portée de main. Des gouttes d’eau, sans doute. Mais pendant que nous descendons notre seau dans le puits pour y puiser du plaisir, nous oublions qu'il pleut peut-être juste à côté de notre seau.

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