Pourquoi les thèses complotistes nous plaisent tant ?

A chaque événement confrontant la loi et les hors-la-loi, les rumeurs et les théories de complot fleurissent. Pourquoi sommes nous si prompt à les embrasser et à rejeter les versions officielles ? Je vais parler de thèse non-officielles plutôt que de théories du complot dans ce qui suit, pour ne pas porter de jugement de valeur à-priori.

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Quels sont les déclencheurs de notre adhésion ? Il est vrai qu'il existe un long historique de mensonges d'État ou d'instrumentalisation de la vérité pour justifier des politiques.
 
Depuis quelques décennies, le rejet de l'autorité et de l'état sous toutes ses formes, surtout si elles incarnent l'autorité comme les forces de l'ordre ou l'armée fait partie de notre héritage culturel dans le sillage des grandes révolutions antiautoritaires des années 60 qui ont marqué l'éducation, la culture et la société par une idée quelquefois dogmatique de la liberté.
 
Par nature, la thèse non-officielle est séduisante car elle est parfaite, construite sur-mesure, contrairement à la réalité sur laquelle on enquête prudemment et qui présente des incohérences ou des éléments improbables.
 
Elle sera d'autant plus contestée que de nos jours, l'état incarne le mal (nécessaire pour certains - superflu pour d'autres), il faillit à ses tâches, ne sert qu'à lui-même, est étouffé par une législation maladroite ou dépassée, n'a plus d'influence face aux lobbys, restreint nos libertés, se saisit de notre argent, est corrompu par le pouvoir et l'argent et s'attaque à nos acquis ... il est ressenti comme peu fiable.
 
La thèse non-officielle est également séduisante car elle se nourrit de nos biais et de nos préconceptions, ce qui lui épargne de devoir étayer les points fragiles de ses conclusions, elle est taillée sur mesure dans ce but.
 
Et enfin, la thèse non-officielle nous donne l'impression d'appartenir au groupe restreint de ceux qui savent, de ceux qui ne se laissent pas berner, de ceux qui savent lire entre les lignes et comprendre à demi-mots.
 
C'est une sensation éminemment grisante que de penser dominer la masse.

Mais il convient de garder à l'esprit, le principe de la zététique, l'hygiène préventive du jugement, qui dit que tout ce qui est énoncé sans preuve peut-être contredit sans preuve.

Lorsqu'on en appelle au bon sens, à se mettre "à la place de", à se fier à des témoignages d'experts non-impliqués dépassant la simple analyse d'éléments factuels ou techniques, ainsi que la comparaison avec des événements passés ne constituent pas de preuves.

Beaucoup d'intervenants sont de bonne foi, de bonne foi mais manipulés ou de mauvaise foi (dans les deux camps !) et nous ne sommes pas en mesure de les distinguer.
 
L'absence de preuve ou de conclusion définitive pour la thèse officielle ne plaide pas forcément pour la thèse non-officielle car si la thèse non-officielle peut se nourrir d'absences de réponses, de doutes, de silences, de retards dans les analyses, d'imprécisions techniques, de rumeurs, du secret de l'instruction ... les thèses officielles n'ont pas cette latitude de boucher les trous par des raccourcis commodes.
 
Il ne suffit pas qu'une thèse soit officielle pour qu'elle soit un mensonge, tout comme une thèse non-officielle n'est pas forcément la vérité avançant masquée dans l'obscurantisme. 
 
Notre cerveau est conçu pour tirer des conclusions rapides à-priori et pour les étayer ensuite, sélectionnant arguments, faits et raisonnements pour nous rendre cohérents face à nos actions et nos pensées. De ce fait, nous ne réfléchissons pas, nous n'analysons pratiquement pas. Nous sommes biaisés et que nous devons interroger ce que nous savons, ce que nous croyons, ce que nous croyons savoir, mais surtout ce que nous savons croire.
Enfin, les choses improbables peuvent se produire et se produisent et les défauts et les questions restant sans réponse sont un indicateur de véracité, plus que la perfection d'une théorie commode.
 
Gardons à l'esprit que les moutons les loups sont des groupes au fonctionnement défini par des éléments qui dépassent l'individu.
 
Il faut s'instruire à charge et à charge, admettre que rien n'est entièrement vrai ou faux.

Il faut tout questionner, surtout le doute.

Commentaires

  • Le problème me semble plus complexe que ce qui est développé dans cette analyse. D'abord ce n'est pas l'état qui pose problème, mais plutôt l'absence d'état voulue par le monde néolibéral et les multinationales.

    Ce ne sont ni la police ni l'armée qui posent problème, mais l'utilisation qui en est faite, en faveur des multinationales lors de manifestations par exemple.

    La presse est aux mains de dix grandes fortunes. Il est donc normal que le quidam se méfie. Pour peu qu'un article contestataire ou simplement réellement critique sorte sur le net, on assiste aussitôt à un "trollage" avec plein d'articles réellement "conspirationnistes" pour noyer l'article pertinent dans la masse.

    Tout cela fait partie de la guerre inconsciente (ou pas) que les ultra-riches font aux pauvres.

    Bien sûr on nous sortira des thèses vaguement freudiennes de "révolte contre le père", de "révolte contre l'ordre établi" avec quantité d'arguments pseudo-psychologiques. Cela fait de moins en moins effet devant la misère d'une partie grandissante de notre population...

    Ce qui est véritablement effrayant, c'est que le "père" a perdu toute crédibilité à force de discours creux ("geste fort", et autres expressions dans la "novlangue" de nos politiciens). Si le "père" est amoral mais prêche la moralité (récent exemple attentats terroristes par Daech soutenu financièrement par la Turquie, le Quatar et l'Arabie Saoudite avec lesquels nos politiciens font de juteux échanges) alors ses enfants deviennent schizophrènes, et tout la Nation devient profondément malade et déboussolée.

    Bonsoir amical.

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