Un jour normal en politique, mes 2 centimes - Jour 22 - #31bloggingdays

Je suis étonné que la colère ne soit pas plus grande. Il ne se passe pas un jour sans qu'on dévoile le petit tas de linge sale de certains de nos petits et grands z'élus. On finirait presque par s'habituer.

Certains membres élus de CA touchent jusqu'à 500 € par minute de réunion. Evidemment, quand on ramène les chiffres à des minutes de réunion ou quand on apprend que les absents sont également rémunérés on est surpris. Ailleurs, d'autres s'octroient de plantureuses augmentations de 20 à 30% parce que vous pensez bien que la vie est chère. 

Bien sûr, ils ne sont pas tous pourris, c’est le système dans lequel ils évoluent qui l’est, jusqu’à l’os. Imagine que tu es appelé à siéger dans des réunions stratégiques. Et qu’on te donne 500 ou 1 000 € pour participer à une heure de réunion, comme les autres ? Tu te sentirais sans doute valorisé et reconnu à ta juste valeur. Qui en ferait un scandale, franchement ? Et si tu en es là, c’est qu’on a estimé que tu ne poserais pas problème.

Quand tu comprends qu’en six ou sept réunions certains empochent de quoi se payer une (petite) maison, tu ne peux t’empêcher de penser qu’ils sont bien déconnectés de la réalité des "simples gens" (cliché), et que cette déconnexion peut être la cause du fait qu’ils ne perçoivent pas l’immoralité et l’indécence de la chose. Ils vivent dans un monde où tout ça est normal. Ce qui est très inquiétant.

Ce n’est pas la dénonciation de ces faits qui tient du poujadisme et du populisme mais le corporatisme réactionnaire de ceux qui en sont et veulent relativiser ces situations indécentes. De temps en autres, on dépasse *vraiment* les bornes et un opère une petite rectification pour qu’on ne creuse pas trop.

On me rétorquera que les émoluments sont à la hauteur de la responsabilité et du budget engagé. Certes, mais combien de ces administrateurs élus sont réellement inquiétés quand le bateau coule ? Feu nos banques et notre compagnie aérienne sont là pour en témoigner. Les pâles excuses avancées, comme "pas le temps de tout lire", "c’était en anglais", "je n’étais pas présent", "je n’avais pas connaissance des chiffres", "je n’ai pas participé à ces décisions" soulignent l’absence totale de corrélation entre la responsabilité et les montants perçus.

Certains diront qu’ils siègent bénévolement ailleurs. Tant mieux, mais ça n’a rien à voir. 

Quand je regarde tout ça d’un peu loin, je me dis que l’interface financière entre le public et le privé est la zone de flou toxique où l’argent public et privé s’engouffre. Le privé s’oblige habituellement à une gestion saine (d’un point de vue financier) pour augmenter ses bénéfices (même si la répartition de ces bénéfices entre patron, actionnaire, employé et autorité fiscale est sujette à débat). L’administration voit ses dépenses hypercontrôlées. Par contre, sur la ligne de démarcation le danger de dérapage semble maximal. C’est là que la prise d’intérêt personnel, l’ambition et le capitalisme de connivence trouvent un terrain de jeu propice. Ce n’est pas pour rien que ces organismes fleurissent et prospèrent (youpla-boum !).

Il y a lieu de distinguer l’argent privé, les fortunes personnelles et ces petits larcins légaux. Ce ne sont pas des bulles qui explosent ou de la valeur qui part en fumée. Car ici c’est dans le subside qu’on tape, dans le budget de fonctionnement d’une entreprise dont au moins une partie des activités sont supposées bénéficier aux citoyens, parfois indirectement via les services qu’elles rendent aux collectivités. Au départ, la plupart de ces organismes ont été mis en place pour permettre des économies d’échelle et de gestion, avant de devenir de dangereux gloutons. Si chaque économie réalisée au détriment des employés de ces organisations ou des services qu’elle rend est redirigée vers l’enveloppe des actionnaires et des administrateurs, l’objectif de la mesure d’économie est manqué.

C’est tout simplement indécent et immoral. Et quand on évoque la possibilité de plafonner les montants par réunion, certains évoquent la parade toute trouvée de multiplier les réunions au travers de commissions.

Qu’on commence par ne pas rémunérer les absents. Que les jetons de présence suivent la courbe des budgets et subsides pour que lorsqu’une mesure d’économie linéaire est appliquée, elle soit également appliquée aux jetons de présence.

Je n’ai pas de solution là de suite sous la main, on trouvera la critique facile. A 500 € la minute, je veux bien y réfléchir.

A une époque ou on s'interroge sur notre avenir et celui de nos enfants, une époque teintée d'incertitude pour mille raisons sécuritaires, économiques et professionnelles, un temps où on sent le vent de face, ça nous va bien d'essuyer de nos faces la pisse et le crachat de ceux qui sont au dessus de tout ça. Qu'ils nous chient dans la main aussi, mais que plus jamais, au grand jamais, un élu n'ose se demander pourquoi la foi de l'homme de la rue (cliché) en la politique et ses représentants est écornée.

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