bapteme

  • Hey vieux, rentre chez toi ! Ta femme a fait des crêpes.

    dvl_guindaille.jpgIl n'y a pas eu de débat à propos du folklore, chacun a exposé ses arguments plus ou moins clairement, tantôt sur les réseaux sociaux, tantôt dans les médias, parfois poliment, parfois dans la vocifération et le raccourci nauséabond, parfois dans l'émouvant témoignage personnel. 

    J'ai hésité quand on m'a demandé de republier mon billet de blog dans la Libre de ce mardi. Un peu réchauffé à mon goût. Mais il y a cette promesse de ne rien renier, d'assumer et de ne pas se débiner dans ma volonté de défendre la tradition. 

    Je pense qu'il faut maintenant laisser un peu retomber la tempête dans le seau d'eau et attendre que la justice fasse son travail sans faire le procès du baptême dans son ensemble, et en souhaitant à ces jeunes gens de pouvoir se relever après leur gaffe lourde de conséquence. Faut-il résumer un homme à un seul de ses actes ?

    Ce qui frappe en lisant les divers témoignages, c'est l'age moyen des porte-paroles plus ou moins autoproclamés. On a majoritairement entendu les anciens ex-comitards de tout poil et de toute plume sur le sujet. Silence chez les jeunes en dehors des associations tenues de prendre position.

    Il n'était pas incongru que les vieux prennent la parole, car c'est l'esprit du baptême dans son ensemble qui était attaqué et cet esprit est le liant qui existe entre les générations. Chacun y allant de son vécu politique, juridique et de son bon-sens-mais-c'est-bien-sur de bon père de famille. 

    Les comitards étaient décrits comme des nazillons tombés du nid, des petits chefs brutaux et frustrés perpétuant d'imbéciles rites barbares d'un autre temps. On ne pouvait laisser dire, merde, nous aimons croire que sommes (devenus ?) des gens respectables.

    Il semblait important de témoigner que nombre de ces imbéciles sont en fait des imbéciles heureux, ayant nombre d'amis indéfectibles, ayant réussi leurs études, travaillant et menant vie de famille "bien bourgeoise" comme il faut. (On me répondra que le gardien de Stalag ne battait pas nécessairement sa femme, je répondrai qu'il faut arrêter de tout mélanger).

    Même l'accumulation de décorations et de titres sonnant creux comme une panse a bière est un signe qui ne trompe pas. Comme me faisait remarquer une accorte bleuette en me soupesant ... une grosse ... médaille: "c'est super ringard !" et je ne peux lui donner tort.

    Les anciens sont ainsi devenu ce dont il se moquaient avec une certaine irrévérence - grosse pensée pour Jacques Brel ici, non, pas celui en bermuda. 

    Les jeunes avaient sans doute d'autres bleus à fouetter. Des cours à suivre (si si, ça arrive), des gueules de bois à soigner. Ils sont occupés: il y a un chapiteau à monter, les alentours à sécuriser, une jeunesse à vivre  ... et qu'il en soit ainsi. Que les anciens en profitent pour raviver un peu la flamme du poil inconnu autour d'une ou plusieurs bières, soit. Qu'ils se fassent des virées d'anciens combattants, j'en suis. 

    Ah, bien sur, les levées de drapeaux entre anciens combattants, ça fait vibrer la fibre et ça donne un sacré guindaillant. Je serais bien reparti penne au front, comme en 95 ... mais qui aurait gardé les enfants ? C'est pas toi qui prends le train demain avec la gueule de bois.

    Mais de grâce que les vieux passent la main. Ils ne portent plus le flambeau. D'ailleurs, le sais-tu ? Ce flambeau n'a jamais été à toi, tu en as été l'éphémère porteur, c'est tout. Et peu importe que tu fus le premier ou le vingtième. Tu l'as dis toi même "un rite vieux comme l'humanité", autant dire que ta contribution y fut modeste.

    Ne serait-ce pas vaguement anormal de traîner "à mon age" la semaine, auréolé de bière et de crasse et nimbé d'une gloriole d'un passé traité en mythomane ? Rappel: tu te souviens, t'étais un bleu minable, comme assistant t'étais foireux, comme togé t'as assuré le minimum, j'y étais aussi, tu es moi et je suis toi. Tu fais illusion 5 minutes et le temps d'afonner une bière. Faire son vieux ne devrait pas dépasser ces 5 minutes, après t'es lourd. Si c'est ta seule vie sociale, t'es à plaindre.

    Je me souviens d'une des dernière fois où je traînais un peu par hasard dans un parcours de baptême, parlant à une bleuette (non, avec l'expérience, on ne crie plus, on parle, c'est encore plus effrayant). Elle avait *vraiment* la trouille, et je me disais que j'avais plus à rien à foutre là. Elle me prenait bien trop au sérieux, donc le jeu n'était plus drôle. 

    Quelle camaraderie pourrait-je donc créer avec une fille de 20 ans ma cadette. Quel cours ou conseil lui donner si je ne connais aucun de ses profs ? La ramènerai-je chez elle sans qu'on me prête les pires pensées, même s'il ne s'agit que d'une question de sécurité ?

    On ne peut être et avoir été, ce constat n'est même pas amer. Avec le temps les plaisirs changent.

    Irai-je voir le baptême de mes enfants ? Non ! Il serait anormal de vouloir s'immiscer dans ce rite initiatique et transgressif. Ce serait complètement hors-sujet. Par contre, si je peux les aider, leur filer l'un ou l'autre tuyaux, démentir l'une ou l'autre rumeur, avoir un instant fugace de complicité, tant mieux. Et j'irai les chercher quelle que soit l'heure, l'état ou le lieu. Et s'ils ne souhaitent pas faire leur baptême, libre à eux (mais j'avoue je serais un peu déçu).

    Bien sur, on est là pour un conseil parce que c'était mieux avant. Bien sûr, ils se trompent dans ce chant, ils en ont oublié un autre, et ils chantent trop vite, et pas en entier, bande de fainéants. Bien sur, ces jeunes là, ils continuent à raconter une histoire qui n'a jamais été vraie à propos d'un monument ou l'autre. Bah oui, ... et alors ? 

    Notre place est au bar, ou à la maison. De loin on dira que c'était mieux avant et que personne n'a rien compris à rien. Allez viens, on rentre, il y a de la bière au frigo ... enfin je crois, si ma femme a fait les courses.

  • Le baptême d'étudiant ne sert à rien ! Alors pourquoi je l'ai fait ?

    baptême, guindaille, université, Liège

    Bien sur, et quoi qu'en disent les coaches ayant pignon sur rue, les expériences personnelles ne sont d'aucune utilité aux autres, mais depuis quelques jours, je vois cette phrase fleurir partout.

    Le baptême d'étudiant ne sert à rien !

    La question s'est imposée à moi, qu'ai-je retiré de mon baptême ? 

    Tout d'abord c'est vrai ! Dans un monde utilitariste, c'est une perte de temps notable. Il vous détourne un temps de vos études. D'ailleurs pour moi, le baptême ne peut être que volontaire, et librement consenti sans pression sur le cursus hormis celle des soirées perdues et d'un temps de midi ou l'autre. 

    Il vous prive symboliquement de votre dignité et de votre liberté. Il ruinera quelques vêtements et peut-être que vos beaux cheveux d'adolescent en prendront un coup. C'est débile ! Mais on peut perdre son temps sans faire son baptême. Ce qui serait le perdre doublement. 

    C'est le principe de base d'une activité: sortir, voir des gens en faisant un "truc" ensemble, perdre du temps ensemble, prendre un pot. Je ne sais pas si j'aurais mieux réussi mes études sans le baptême. Mon isolement ne m'aurait pas aidé. Briser le cocon de l'ado que j'étais était devenu un mal nécessaire, même si je n'en suis pas devenu Papillon pour autant (private joke, cherchez pas).

    Je suis arrivé à l'unif en étant anti-baptême. Timide non-buveur et fragilisé par une intoxication contractée lors d'une soirée où des "buveurs" ont tenté de m'intoxiquer avec des médicaments ramassés sur une table de chevet (il y a des cons ailleurs que dans les comités). J'ai décidé d'aller "voir", de faire mon baptême à l'eau et de quitter si ça me plaisait pas. Car le baptême ne convient pas à tout le monde.

    Finalement, après quelques années à lustrer le poil que j'étais en compagnie de mes amis, je suis entré dans le comité de ma fac où je me suis occupé du folklore et des bleus. Et j'ai aimé ça. Pas tant pour l'autorité (toute relative) qui se limitait surtout à crier plus fort que les autres et à faire chanter la bleusaille juste et fort, mais pour la richesse des rencontres et l'intensité des situations vécues, faire partie du "tas" (qu'il soit "de bleu" ou togé) pour cette façon de prendre en charge l'animation d'un groupe, tout en assurant les aspects logistiques et sécuritaire d'une activité en groupe, un peu particulière.

    Les amitiés

    Dans la shortlist de mes meilleurs amis, la plupart ont été rencontrés pendant mes bleusailles. D'autres pendant mon passage dans le comité de baptême. Et je ne compte pas les innombrables personnes avec lesquelles j'ai été lié d'amitié pendant ma traversée de cette époque folklorique. D'autres n'ont été que des connaissances fugaces mais les liens noués sont d'une nature particulière et durable et c'est toujours un plaisir de les revoir.

    Il y a d'autres moyens de se lier que de se vautrer dans la bière et le vomi, on peut se péter les rotules dans la boue autour d'un ballon rond ou ovale (et quand même se faire chahuter parce qu'on est nouveau dans le vestiaire et dégueuler entre deux bagnoles au barbecue annuel).

    De manière anecdotique, le baptême m'a permis de rencontrer des étudiants des années suivantes, qui ont pu me filer un cours, un résumé, un tuyau. Dans ma fac, heureusement, il n'y a aucune discrimination envers les non-baptisés, ni envers les baptisés. Mais parfois connaître la bonne personne ou pouvoir mettre un visage sur un nom d'assistant est un raccourci commode.

    Connaitre son université et sa ville

    Immigré de mes cantons rédimés et "Liégeois d'adoption", le baptême m'a fait découvrir mille choses sur la ville où j'ai choisi de vivre. En goguette à gauche et à droite, avec mes amis, personnellement féru de folklore, j'ai découvert toutes cette petite histoire qui n'est pas écrite et qui rend la ville de Liège belle aux yeux de ceux qui l'aiment comme une vieille maîtresse. J'ai également découvert les recoins charmants ou intriguant de mon Université et certaines parties de son histoire sous les jupons qui feraient rougir la vieille dame. 

    Les chants et les animations

    Depuis le premier jour gueule en terre, j'ai aimé tout ce folklore bien trop discret, surtout les chants. Quand je vois l'unif aller chercher pour les proclamations des toges aux couleurs bâtardes et des bonnets carrés sans chercher du sens dans le vivier de son propre folklore, ça me peine. D'autant qu'il ne s'agirait pas d'un repli identitaire, mais d'une manière d'allier une pointe de véritable tradition avec la modernité et la solennité que l'université cherche.

    Il y a eu aussi les ordres dont j'ai eu l'honneur et la joie de faire partie ou que j'ai côtoyé et qui m'ont permis d'épancher une soif de folklore que les soirées bétail sous chapiteau  ne comblent pas toujours.

    La faute à l'absence d'une salle décente où un folklore plus construit pourrait s'épanouir, dans des activités comme une chorale folkloriques ou un musée, par exemple ?

    La boisson

    Bien sur, ce n'est pas une obligation de boire, ni de savoir-boire. On peut éviter l'alcoolisme en se déclarant ennemi de l'alcool ou en apprenant à l'apprivoiser.

    Initialement non-buveur pour "raison médicale", j'ai peu à peu repris goût à la boisson. Apprivoiser les excès de boisson dans un environnement sécurisé entouré de personnes bienveillantes permet de se connaitre et de juger de ses capacités dans les occasions bibitives. C'est le baptême et les années de guindaille qui ont suivi qui m'ont appris à choisir mon heure et mon trajet de retour, à savoir que si je sors à l'air libre je vais augmenter mon ébriété d'un cran, et qu'il vaut mieux faire une pause avant de rentrer, quitte à dormir sur place. J'ai appris que vomir c'est partir un peu, mais ne pas vomir c'est mourir beaucoup - et que tant qu'à faire, autant vomir quand on est bourré :)

    J'ai appris à soigner l'ivresse et surtout la gueule de bois. J'ai appris les signes avant-coureurs de l'alcoolisme et l'abstinence volontaire aussi (contrairement à d'autres, malheureusement).

    La bienveillance

    On est jamais à l'abri d'un accident, et il y a quelques années, j'ai pu m'estimer heureux d'avoir pu compter sur mes amis pour me rapatrier quand j'avais perdu (un peu beaucoup) le fil de ma soirée.

    Tout le monde ne l'a pas, mais en guindaille, il y a ce petit regard bienveillant les uns sur les autres qui te fera secouer un pote dans un abribus juste pour savoir si il vit toujours et si il fait une pause en attendant son bus. L'air de rien, entre gens qui ne se connaissent pas, il y a ce lien ténu de faire partie d'un même élan.

    Quand j'étais gueule en terre, je me souviens avoir pensé que si on dépassait les bornes je me levais et je partais, et rien, ni personne ne m'en aurait empêché. Et les moqueries et les brimades feintes m'ont appris que ce n'est pas le regard des autres qui compte, mais ce que je sais au plus profond de moi. On n'est à genou que si on l'est dans sa tête.

    Le baptême m'a façonné d'une certaine manière.

    Il m'a enlevé certaines raideurs (et pas que littéralement) de corps et d'esprit. Il m'a pourvu d'amitiés intenses et durables. Il m'a créé un réseau de relations (dont certaines m'ont déjà été utiles professionnellement - directement ou indirectement).

    Il m'a aidé à me sentir capable de me gérer et de gérer les autres. Il m'a donné un regard sur ma sécurité et celle des autres. Il a élargi mes mœurs alimentaires (!).

    Il m'a émancipé d'une adolescence portée en fardeau. Il m'a rendu plus riche d'une culture certes mineure, mais touchante, qui survit en glissant d'un vécu de baptisé dans l'autre en attendant d'être écrite/décrite un jour.

    Le baptême ne fait pas le bonheur, mais il a contribué au mien en faisant de moi ce que je suis, ... pour le meilleur et pour le pire.

    C'est tout ce que je peux en dire.

     

  • Me, myself and I: 20 ans de Baptême

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    Déjà 20 ans que j'ai fait mon baptême à l'unif ...

    Note: l'image ci-dessus provient du site "J'ai eu vingt ans à l'ULg" et comme ils ne m'ont jamais demandé s'ils pouvaient se servir d'une photo de ma penne, je me sers de leur bannière. (Et oui, je suis reconnaissable sur cette image, ma penne étant un objet unique).

    Depuis quelques jours, je regarde passer les pennes et s'ouvrir et se fermer les baches du chapital du Benoival, avec envie. Pas l'envie un peu stupide d'y être "encore", mais d'y être "à nouveau" ... mais c'est le passé.

    Je ne perdrai pas mon temps à expliquer le pourquoi du comment à ceux qui ne pourront rien y comprendre, mais le baptême m'a apporté des amitiés profondes, une connaissance de moi insoupçonnée, et une certaine confiance en moi. Accessoirement aussi, une connaissance d'un répertoire chanté et de mythes et légendes à propos de la vie d'étudiant à Liège.

    J'ai cotoyé des gens passionnants dans ma fac, et dans d'autres. J'ai eu la chance de faire partie du comité comme délégué folklore, ce qui m'a permis de pousser quelques gueulantes et quelques chansonnettes.

    Tout le monde fait ce qu'il veut, je ne juge ni les pro, ni les antis (s'ils ont de bons arguments). Le goût du prosélytisme apostolico-folklorique m'est passé. Le goût du folklore m'est resté.

    Pas de regrets. Ni dans un sens ni dans l'autre. J'ai eu mon diplôme, j'ai un boulot, une belle vie de famille ET on s'est copieusement amusé.

    Rooooh ... ça ne nous rajeunit pas.

     

    simplepoil

    Moi, dans mon kot, en 90 ou 91 ?