causez correct

  • Le causez correct: Au temps pour moi !

    2981355759.jpgVif débat sur Twitter cet après-midi sur le thème: "Au temps pour moi" vs "Autant pour moi".

    Chacun choisit ses arguments ... Wiktionnaire et usage pour les "hérétiques", Académie française pour les tenants du "dogme".

    Alors, faut il prendre pour argent comptant l'un ou l'autre blog qui règle ses comptes après avoir été repris de volée pour l'une ou l'autre incorrection, ou une institution qui a pris le temps de se pencher sur la question et dont c'est la raison d'être ? Et si même nous contestons son avis sur l'innovant "Cédérom", contesterons-nous son crédit pour les questions relevant de la tradition ?

    Selon les antis et leurs sources, le contexte militaire ou musical de l'expression serait pure invention. Il ne faut pas 10 secondes pour trouver des contre-exemples (dans les sources même des "hérétiques").

    […] parle a l'oreille du capitaine, dont le visage prend tout de suite une expression d'immense stupeur : « Cessez le feu! Au temps! Au temps pour moi!... »
    (Maurice Genevoix, Sous Verdun, août-octobre 1914, page 7, 1918, Hachette et cie, édition originale de 1916)

    Al Tempo, Terme de musique, Dictionnaire 1880.
    Après un passage dont l’expression ou le caractère a obligé de suspendre toute marche réglée et uniforme, cette indication signifie qu’il faut revenir au premier mouvement et à la mesure.

    A côté de ces arguments historiquement fondés, les appels à une "quantité d'erreur" ("Chez ces gens là, Monsieur, on ne cause pas, on compte", disait Jacques Brel) ou à une "réciprocité du droit à l'erreur" font figure d'ersatz de justificatif, pour justifier le "autant pour moi".

    Je pense surtout qu'on se plaît benoittement à écrire les choses comme on l'entend et comme on les entend, et que l'on trouve des justifications à postériori, qu'elles tiennent peu ou prou la route. Rien n'interdit, et c'est preuve d'une grande sagesse, de changer son usage erroné, une fois mis au courant des règles et des origines du bon usage. Persévérer dans l'erreur par habitude, ne sont que paresse et entêtement. Cela n'a rien à voir avec la sclérose de la langue, juste une sclérose de l'esprit.

    L'usage fait la langue, mais "tu" n'es pas l'usage !

    On m'évoque l'étalage de culture et sa confiture ... il est vrai qu'en débattre "en privé" est sans doute plus élégant, mais combattre la déconfiture de la langue et sa marmelade de justifications douteuses mérite quelques victimes collatérales. Car si les principaux désintéresses de la question n'en tireront rien, peut-être que d'autres apprendront quelque chose.

    L'usage, la liberté individuelle, le conflit permanent avec l'autorité, surtout académique, religieuse ou institutionnelle, auraient donc force de loi et autoriseraient tout ?

     

    Le Robert - Orthographe et Difficultés du français (ed. 2010): Attention de ne pas écrire "Autant pour moi", erreur fréquente. 

    Le Larrousse encyclopédique: Au temps pour moi, indique, dans le langage militaire, un retour au mouvement précédent ; dans la langue courante, se dit pour signaler qu'on s'est trompé. (La graphie autant pour moi est fautive.)

  • Causez correct: le blanc et noir sème le doute ...

    0225290_sLe Soir écrit: une masse "blanc et noir" pour parler d'une vache noyée et gorgée d'eau que des baigneurs ont découvert flottant entre deux eaux.

    Pour la robe des animaux, blanc et noir ne s'accorde que si certains sont noirs, d'autres blancs. Des vaches blanches et noires, soit des vaches blanches et des vaches noires. Des vaches blanc et noir, soit des vaches bicolores.

    Néanmoins, utilisé pour définir le mot "masse", il me semble qu'on eut pu préférer "blanche et noire", le rapport avec la robe de l'animal étant estompé.

  • Causez correct: l'adjoint au Maire de Paris

    plumeSur Twitter, ça parlait de truismes et de tautologies et de pléonasmes ce matin.

    En voici quelques exemples. Dans leur volonté de convaincre, les politiciens sont de fervents adeptes de ces figures. C'est aussi une manière de parler qui donne du rythme, et du temps de réflexion.

    Source: http://french.peopledaily.com.cn/96861/6967593.html

    « L'Expo 2010 Shanghai offre une chance de dialogue entre différents pays du monde »

    « Nous vivons dans un monde rempli de tensions et de conflits et nous n'avons qu'à voir ce qui se passe au Moyen-Orient et les effets de la crise financière internationale pour le constater. Le dialogue est nécessaire et important [pléonasme] pour les différents pays du monde et l'Exposition universelle qui s'ouvrira prochainement à Shanghai sera une bonne occasion pour cela. [...]

    La France est un pays qui ne possède pas seulement le Palais de Versailles, le TGV (Train à grande vitesse et l'Airbus, elle dispose en outre d'une architecture moderne exceptionnelle et d'un niveau médical très développé qui font la fierté et l'orgueil du peuple français qui désire les partager avec le peuple chinois. [la fierté seulement ou la technologie ?]

    [...] Effectuer deux visites d'Etat officiels [officielles, c'est la visite qui est officielle] dans un même pays durant son premier mandat, je crois que Monsieur le Président a ses raisons. La Chine revêt une importance majeure pour la France, pour l'Europe et même pour le monde entier, car elle est en train de mener une réforme sans précédent dans toute son histoire [pléonasme encore, tataulogie], une réforme économique, sociale et autres……

    [...] Je pense que si le gouvernement chinois n'aurait [n'avait] pas fait des efforts pour développer l'économie au Tibet, celui-ci serait toujours au temps du moyen-âge [au moyen-âge, tautologie].

    [...] En tant qu'Adjoint au Maire de Paris chargé de la culture, je comprends parfaitement la différence d'idées [divergence ?] et d'opinions sur un même problème [précision inutile] entre les deux peuples de la France et de la Chine due aux différentes cultures de nos deux pays [toute la phrase est une tautologie ... nos différences résultent de nos différence].

    [...] A Shanghai, la communauté française est l'une des plus grandes et plus importantes communautés étrangères dans la ville. Quant à ces Français-là [? ... Ces français là] , lorsqu'ils rentreront en France, ils diront et transmettront à leurs compatriotes les réalités de la Chine moderne. Quant aux Français qui ne sont jamais venus en Chine et qui ne la connaît [connaissent] pas, ils pourront apprendre sur elle [à son sujet ?] et l'étudier. Pour ce qui est des médias français qui ne font que des reportages négatifs sur la Chine, ils ne pourront pas empêcher les Français d'avoir une idée juste et correcte sur celle-ci [de ?].

    Dongfang Zaobao : La plupart des médias occidentaux, y compris les médias français, considèrent l'émergence de la Chine comme une menace, quelle est votre idée sur cela ?

    [...] il n'y a pas seulement la Chine [pas que, la Chine n'est pas le seul pays] qui est un pays émergent [émergeant], d'autres pays, tels que la Russie et l'Inde, connaissent également des changements profonds, prodigieux et fondamentaux [pléonasme: profonds et fondamentaux] et le monde entier doit jouir en commun de ce grandiose événement.

    [...]

  • Causez correct: Colin-tampon, colle un tampon

    PlumeVus sur RTBf Info: Les Wallons se fichent des Bruxellois, estime Françoise Bertieaux, soulignant que Jean-Marc Nollet n'est pas bruxellois et "sait à peine où se trouve Schaerbeek", que Marie-Dominique Simonet est "tellement empêtrée dans son décret inscription que le manque d'écoles à Bruxelles semble lui passer haut au-dessus de la tête", et qu'André Antoine "se fiche de Bruxelles comme on colle un tampon".

    Ah ben c'est du joli !

    Non, "comme de Colin-tampon"

    Colin-tampon : (n.m.inv.) "se soucier de quelquechose comme de colin-tampon", n'y prêter aucune attention, s'en moquer.

    Le vent, je vous en réponds, S'en soucie, et c'est justic', comm' de Colin-tampon ..."
    Extrait de la chanson "Le vent" de Brassens

    Colin-Tampon désigne l'ancienne batterie de tambour des Suisses au service de la France, qui s'illustra pendant la bataille de Marignan (1515). Colin diminutif de Nicolas, signifie en langage paysan le nigaud et tampon représente le tambour. C'est aussi l'onomatopée d'un roulement de tambour.

    L'expression remonte à l'époque où l'on transmettait les ordres dans les casernements, avec des batteries de tambour codifiées. Le tambour des mercenaires suisses au service de la France, était plus gros que celui des troupes régulières. De ce fait, il rendait un son plus sourd et moins "sec" que le "rantanplan !" des gardes françaises, qui le laissaient donc retentir et donner ses ordres dans la plus parfaite indifférence.



  • Causez correct: euh ... comment dire ?

    plume
    Ce matin, j'écoutais (pardon, je subissais) une conversation téléphonique dans le train. Mon voisin tentait de dicter une adresse Internet (un peu complexe) au téléphone, sans succès, ... faute de vocabulaire adéquat.

    Petite piqure de rappel:

    •  "_",  "tiret bas", aussi appelé "souligné" ou "blanc souligné", "caractère de soulignement" ou encore "underscore".
    • "@", "l'arobase" également appelé "arrobase", "a commercial" ou "at".
    • "&", l’esperluette, également "et commercial" ou "ampersand"
    • "~" tilde
    • "/", "barre oblique" ou "slash" et
    •  "", "barre oblique inversée" ou "backslash". (pensez au sens de l'écriture manuscrite ... celle qui requiert de monter avant de tracer le signe est "inversée")

     

  • Causez correct : le Vif raconte des salades

    0225290_s

     

    Il y a quelques temps sur le blog « langue sauce piquante » (le blog des correcteurs du monde) j’ai lu une critique d’un plaidoyer de BHL (oui, « le » BHL) pour l’abandon du terme francisé « roquette » auquel il faut préférer le terme « rocket » ou « missile » à cause du rapprochement entre la « roquette », armement autopropulsé et la roquette, … une simple salade. Ce rapprochement serait une banalisation de la violence, par rapprochement sémantique, avec l’anodine croquette. 

    clin 

    Pour ma part, je sais de fort longue date ce qu’est une roquette. Mais sa forme comestible n’a fait irruption que depuis peu dans ma vie (avec le fooding, et le finger-food, le snacking et la nourriture bio). Il existe d’autre sens à ce mot, comme le fait remarquer la sauce : un castelet, une salade, et un projectile incendiaire et enfin le projectile autopropulsé.

    Va pour la sauce, je suis bien d’accord avec eux. Mais la moutarde me monte au nez quand je vois dans le Vif l’Express qu’un journaliste se saisit de cette salade de croquettes et l’assaisonne dans un article concernant le grand Curtius. Ce nouveau musée, où on peut voir "une histoire de la fabrication des armes, des boulets aux rockets".

    Le terme roquette, né du mot germanique rukka, est pourtant simple et adéquat pour désigner un armement (surtout cerné qu'il est d'armes et de boulets). Autant que l’est le terme « rockets », né pendant la seconde guerre mondiale, est francisé comme son ancêtre roquette, mais le terme anglais désigne également une fusée qui n'est pas nécessairement envoyée en l'air dans un but de destruction, il n'est donc pas moins ambigu sur la question.

    Ces manières de pète-cul n’arrangent pas une langue tiraillée entre je-m'en-foutisme et poil-de-cul-tage. 

    faché

    Et que devient le superbe « lance-rockets » interrogation