14.02.2011
Lettre à la Belgique
Chère Belgique,
Comment en sommes nous arrivés là ?
Mon grand-père paternel portait des cageots de fruits dans le port d
'Anvers et tenait boutique dans le quartier juif, ... sans l'être vraiment.
Mon grand père maternel était instituteur venu du Nord, et a épousé une fille de menuisier ardennais, ... sans l'être vraiment.
Son uniforme pend dans mon grenier ... officier, chasseur ardennais, la fourragère à l'épaule, une décoration pour quelques années dans les camps. Lui fera connaissance avec ma mère, sa fille déjà grande, au retour de captivité. Je le connaitrai brièvement avant qu'un cancer l'emporte (le pain moisi et les pommes de terres germées des camps sont un poison lent mais mortel). Il avait un air sévère, mais je me souviens d'une voix et d'un rire, sur ses genoux dans une cuisine. Puis, la famille rassemblée dans un petit cimetière à flanc de colline que le vent et la tristesse glace. Il fait toujours froid et venteux dans ce cimetière. J'y retournerai pour l'enterrement de ma grand-mère et me souvient de cette phrase entendue à 6 ans, on y "tomberait malade, la mort vient tâter les suivants".
Hasard de la vie, en répondant à une offre d'emploi, mes parents se sont installés dans la région germanophone, sans l'être vraiment ... ils ont appris la langue sur le tas. Dans la cour de récré, j'ai bien connu quelques soucis de ne pas être "de souche", "natif du coin". J'ai été dans une école francophone ensuite, où la première année j'étais logiquement "un boche", sans l'être vraiment. Puis le brassage et l'amitié ont fini par effacer tout ça.
Grandir, étudier, vivre à Liège, devenir liégeois, sans l'être vraiment ... travailler à Bruxelles sans devenir bruxellois. Parler 2 ou 3, parfois 4 langues, un peu par hasard, par curiosité de l'autre. Être bien partout, s'accommoder d'un rien, aller vers l'autre.
Pour moi être belge, c'était le cadeau de ne pas pouvoir se contenter de sa nationalité. Un belge doit toujours être plus, sous peine d'être insuffisamment. Contrairement à nos voisins, c'est une nationalité sans suffisance.
Nous étions bien moins prisonniers de notre naissance que d'autres. Nous avions mis le seul prisonnier de naissance à la tête du pays pour nous libérer du fardeau d'appartenance. Il a fallu que quelqu'un réinvente cette maudite fierté d'être, d'être vraiment, de naissance, de sol, sans aucun doute. Ce besoin de s'accrocher à des lieux, des noms. Ce besoin de tracer des lignes et les baptiser frontières. Cette fierté d'être qui est le creuset des disputes et parfois des guerres.
Quand avons perdu le goût de cette exception ? Cette capacité d'être, ... sans être vraiment ? Ce talent d'y croire avec suffisamment de légèreté pour ne pas trainer un boulet ou un bagage trop pesant de belgitude. Finalement, aujourd'hui, certains nous renvoient cette légèreté comme une gifle, avec obligation de choisir son camp.
Belges du bout du monde ou Belges du bout de la Belgique, nous voilà, malgré nous, aliénés de notre liberté d'être ce que nous voulons, où nous le souhaitons.
D'après une idée glanée ici sur le blog "Carnival".
D'autres ont écrit:
Charles Bricman: Reste ce que tu es http://blog.charlesbricman.be/reste-ce-que-tu-es/
Marie Véja: Lettre d’amour et de fierté http://www.lafillede1973.com/1442-lettre-damour-et-de-fie...
Marcel Sel: Saint-Valenthaine http://blog.marcelsel.com/archive/2011/02/14/saint-valent...
Soirée sex toys pour la Belgique: http://monbopetitmonde.canalblog.com/
Denis Balencourt: Lettre à la Belgique: http://www.balencourt.com/blog/2011/02/14/lettre-a-la-bel...
Regis Warmont: Belgique, je t’aime comme une pizza 4 fromages:http://warmont.blogspot.com/2011/02/belgique-comme-une-pi...
A.Plennevaux Le pays de l’Autre http://plennevaux.be/alexandre/le-pays-de-lautre-belgian-...
14:22 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
| Tags : mon avis sur tout, belgique, politique, lettre |
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